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"L'exces de calories peut provoquer la mort subite"

La situation en carences nutritionnelles en Côte d'Ivoire reste préoccupante. Dans cet entretien, le Pr koffi Hervé Yangni-Angaté met en garde contre les dangers de cette situation mais aussi contre l'excès de calories.

Vous avez présidé un colloque sur les carences nutritionnelles en Côte d'Ivoire Qu'est ce qui a justifié la tenue de cette rencontre scientifique?

Les carences nutritionnelles chez la femme et l'enfant constituent un problème de santé publique en Côte d'Ivoire. Cela veut dire que nous sommes à un taux supérieur ou égal à 10%. Ces deux cibles sont prioritaires (enfant et femme enceinte) parce que les carences ont un impact très important sur leur vie. Une carence chez la femme enceinte est compromettante pour le fœtus et l'enfantement. Il s'agit de carence en fer, en vitamine A, en iode, puis les malnutritions en rapport avec les déficits en protéine et les calories. Le sujet est important parce qu'il a un impact, non seulement sur le présent mais sur l'avenir. Parce que les carences nutritionnelles jouent sur la croissance et le développement mental de chacun. Et aussi sur la capacité intellectuelle. Compte tenu du fait que la majorité de la population ivoirienne est jeune, il est important d'avoir des personnes en bonne santé. Sans oublier que ces carences ont des conséquences sur la mortalité infanto juvénile. L'Unicef et les organisations internationales se proposent de réduire d'ici 2015 la mortalité infanto juvénile de trois quarts. Un objectif que nous risquons de ne pas atteindre en Côte d'Ivoire en raison de la crise que nous connaissons.

Quelles sont les conséquences de ces carences citées?

Chez la femme enceinte, ce qui nous préoccupe, c'est la carence en fer. Cela va se traduire chez elle par une anémie. Elle n'aura pas assez de globules rouges dans son sang. Cela peut se traduire par une augmentation du risque de décès de ces femmes par une hémorragie au cours de l'accouchement. Toujours chez ces dernières les carences vont diminuer leur résistance aux infections. Il est important de juguler cette carence en fer en apportant les nutriments et les médicaments nécessaires au cours du suivi de la femme enceinte pour que l'accouchement se fasse normalement.

Il y a le cas des enfants de 0 à 5 ans. C'est la période où tout se joue chez un homme. Lorsque celui-ci atteint ce moment sans avoir pris ces protéines qu'il lui faut, il souffre d'un déficit en calories. Sa croissance est compromise. Voilà pourquoi les enfants doivent être bien nourris. Il y a chez l'enfant de la vitamine A. C'est cette vitamine qui va permettre la bonne vision. C'est cet élément qui va permettre à l'enfant de résister aux infections et d'avoir une bonne croissance. S'il y a un déficit en vitamine A, il devient fragile. Il est de plus en plus exposé aux infections. Il traîne un handicap quand on sait que la vue est importante. Dans la position de la connaissance à l'école, ces enfants auront un problème au niveau de la scolarité.

Il y a aussi la carence en iode. L'iode comme la vitamine A participe au développement mental et à la croissance d'un individu. Son déficit peut provoquer un goitre. Les enfants souffrant de cette situation vont avoir un retard de croissance. Une diminution des facultés intellectuelles allant jusqu'au crétinisme. Ils seront beaucoup plus apathiques et cela aura une répercussion sur leur rendement scolaire. Quand on parle de rendement scolaire, on parle du développement des ressources humaines, du capital humain. Plus le capital humain est élevé, plus le pays a des chances d'amorcer son développement. C'est dire donc que la question des carences nutritionnelles a un impact collectif sur la société. Et une résurgence sur le développement économique à long terme sur l'économie.

Professeur, ce taux élevé en carences nutritionnelles, s'explique-t-il par le fait que les Ivoiriennes ne mangent pas suffisamment, mangent mal ou parce que les vitamines requises ne sont pas présentes dans leur alimentation?

Nous nous préoccupons de la santé des êtres fragiles. Vous savez, nous sommes en période de guerre. Qui a un impact négatif, comme dans tout pays dans cette situation sur l'alimentation de la population. L'une des raisons d'organiser ce colloque est d'attirer l'attention des politiques sur les conséquences. Ce sujet mérite d'être pris très au sérieux parce qu'autour de la carence nutritionnelle gravite le paludisme, les affections néo-natales, les diarrhées, le sida. C'est le sida qui est d'autant plus dangereux qu'il survient sur un terrain déficitaire en calories. C'est-à-dire carencé. Il faut aussi rétablir la paix dans le pays.

Mais quels sont les aliments poly-vitaminés, riches en iode, en fer que la population peut consommer pour limiter les carences nutritionnelles ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

Le sel iodé est le sel enrichi en iode. Son déficit dans les régions montagneuses provoque des goitres chez les populations. Il suffit de répandre sur le marché ce sel iodé à moindre coût pour voir ces goitres disparaître dans ces régions. Pour les aliments riches en fer, vous avez le poisson, les céréales, etc. Au niveau de la vitamine A, vous avez les fruits, les légumes, les produits maraîchers etc. Vous me donnez l'occasion de parler de l'importance de l'allaitement maternel, ce lait qui est riche en toutes ces vitamines va permettre à l'enfant de bien se développer, de mieux résister aux infections et d'avoir un développement physique, mental et intellectuel. Dans la période de la naissance à 6 mois, il faut faire la promotion de l'allaitement maternel. A cela on peut ajouter les suppléments nutritionnels qui peuvent être les médicaments appropriés.

Faut-il avoir une alimentation très riche en calories ?

Justement, j'allais en venir au versant de la carence nutritionnelle. C'est-à-dire une situation d'hyper-calorie. De plus en plus on parle de malnutrition lorsque vous avez une alimentation hyper-caloriée comme aux Etats Unis. Cela pose le problème du diabète. Aujourd'hui, nous avons dans le monde 400 millions de diabétiques. Et ce chiffre va être multiplié à l'horizon 2030. Les problèmes liés à une hyper alimentation font partie des problèmes de santé publique et font l'objet d'un colloque que nous avons organisé sur l'impact démographique et épidémiologie

Quand on parle de diabète, d'hypertension artérielle, il y a une résurgence d'une maladie de développement qu'on appelle la resténose intra. Quand vous l'avez, vous risquez de développer des affections qui vont atteindre les artères du cœur et entraîner une mort subite. Il peut y avoir également des problèmes d'accidents vasculaires cérébraux. Le sujet va perdre connaissance. Les artères du cerveau vont se rompre. Et le sujet va mourir à la suite de ces accidents dus à l'hyper alimentation. D'un côté, vous avez des maladies dues à l'hypo alimentation, de l'autre, vous avez une alimentation trop riche en graisse et en calories qui provoquent une autre série de maladies, notamment le diabète, l'hypertension.

Interview réalisée par Mamadou Doumbes

of 55th WACS Annual Conference 2015 - Abidjan, Côte d'Ivoire Prof koffi Herve yangni-Angate

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